Mwezi WaQ. poursuit son histoire avec ce clip

La dernière sortie du groupe en ligne est signée Saïd Hodari. Un clip de Mavuza Landa, morceau extrait du Blues des sourds-muets. Une fantaisie sur la tyrannie…

À l’écran, des enfants avec des fusils en bois paradent avec un chef vite rattrapé par la folie, sous l’œil bienveillant de Mandalupa, une légende consacrée dans la région du Hamahamet. Le clip est soigné. Des images tournées à Buuni et Mbeni avec une jeunesse de la région. Le personnage du dictateur arrive en brouette officielle, se recueille sur le ngulu, un vestige du patrimoine national, avant d’aller discourir auprès de ses militaires et devant des rochers noirs, qui ont l’air d’être lourdement assoupis. Une satire qui en dit long sur cette fantaisie, pointant son doigt contre la tyrannie du grand chef, imbu de lui-même, jusqu’à oublier son peuple, qui n’est plus à ses côtés.

Mavuza Landa par Saïd Hodari.

Le clip est signé Saïd Hodari, avec qui Soeuf Elbadawi avait déjà commis un documentaire en 2024, en hommage à l’artiste Adina. Mavuza landa, le titre du morceau, est extrait du dernier album de Mwezi WaQ. – Le blues de sourds-muets – toujours disponible chez Buda Musique. Il fait suite à un précédent clip, Si wadje, tourné au quartier Madjadju dans la périphérie Sud de Moroni par Ast et son équipe. Une histoire racontant le chemin des oubliés, là où les élites aux affaires ignorent morale et vertu, désormais. Une métaphore rappelant que la musique aux Comores est toujours le lieu d’une parole de résistance contre les adversités. Le lieu où se tisse par excellence la parole d’un peuple toujours en devenir. À l’image, on y voit évoluer un cheikh professant auprès de ses disciples…

Si wadje par Ast.

Entre les deux projets est sorti Dantzi* Le chant du salut, tourné par le même Saïd Hodari de Piccel Studio. On y voit évoluer un vieillard, interprété par Soeuf Elbadawi, en quête d’inspiration. Il se recueille dans une maison de la région de l’Itsandra où a grandi feu Bin Sumeït. La maison a été abandonnée depuis la disparition du saint homme. L’artiste y entonne un chant où l’on sent s’exprimer l’épuisement d’un peuple balloté dans tous les sens. Dantzi* est un titre inspiré par une mélodie soufie anciennement écrite par le même Bin Sumeït. Une parole s’adressant bien évidemment aux mânes et aux vivants, mais s’en remettant surtout au prophète et au Seigneur pour asseoir le ressenti d’un peuple aujourd’hui démuni. Il est extrait de l’album Chants de lune et d’espérance de Mwezi WaQ., sorti chez Buda Musique.

Dantzi* Le chant du salut par Saïd Hodari.

Rappelons que Soeuf Elbadawi œuvre aux côtés de Buda Musique depuis plus de 25 ans pour essayer d’inscrire les musiques comoriennes dans l’arène des musiques du monde. Il y a eu l’album Zaïnaba Chants de femmes aux Comores, consacré comme Chants de lune et d’espérance de Mwezi WaQ. par l’Académie Charles Cros en France, ainsi que l’album Abyati 19 de l’ensemble soufi Lyaman, le premier quatuor du genre dans le pays, qui faisait également suite à ali.amane, un hommage au vieux Ali Amani, khalifa de la confrérie Shadhuliyya al Yashrutwiya à Mitsudje. C’est en 1998 que débutait l’aventure de Soeuf Elbadawi en tant que producteur avec le label parisien Buda, sous l’instigation de RFI Musique, avec la parution d’un opus dédié aux musiques traditionnelles des Comores, grâce auquel on a vu émerger la voix de Soubi sur la scène française.

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