Se jouait la pièce Je suis blanc et je vous merde de Soeuf Elbadawi. Elle avait été créée aux Zébrures 2024 à Limoges par la Cie BillKiss* I O Mcezo*. Co produite par le CDN du Val de Marne, elle a été accueillie avec succès au Théâtre des Quartiers d’Ivry du 11 au 15 février 2026.
« C’est toujours revigorant de prendre une claque par des gens aussi sincères, talentueux et acharnés » témoigne un spectateur. « L’impression d’être dans un labyrinthe, dont les entrées et sorties permanentes brouillent les pistes, et qui souligne que l’ennemi n’est pas toujours frontal : il est parfois à nos côtés, voire en nous-mêmes. J’ai aussi été happé par la diversité géographique de la troupe et ce qu’ils incarnaient, j’ai pensé à certains membres de ma famille parfois en rigolant parfois en étant dégouté. Mais vraiment bravo pour cette œuvre qui éduque et force à l’introspection et à l’action » avance un autre. « Merci de nous avoir fait vivre ce moment fabuleux. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas vu une pièce aussi captivante et réussie ». « Belle création ! J’ai apprécié la qualité des acteurs, l’intelligence de la scénographie et bien sûr écouté avec attention letexte. La complexité politique qui en ressort est un peu désespérante, mais c’est la réalité. Le blanc qui n’est pas blanc !! Qui est blanc ? Notre monde contemporain est quand même drôlement malade. Comme moi d’ailleurs », avance encore une spectatrice.





Sur le plateau du TQI…
Lors d’un des bords plateaux au programme, l’auteur a essayé d’expliquer la métaphore que représente un tel projet pour les siens, le geste d’exorcisme figuré notamment par cette scène qui tourne sur elle-même, qui en rajoute aux codes de la dramaturgie épousée par cette proposition faite par la compagnie comorienne de théâtre BillKiss* I O Mcezo*. La scénographie, signée Margot Clavière, recycle des codes et des usages que les traditions de l’archipel ne sauraient renier. Reste à savoir. Gaucel, le personnage central, est-il vraiment le début et la fin de cette histoire ou n’était-il qu’un prétexte au récit ? Le fardeau que porte ce personnage blanc du début à la fin du spectacle est-il comparable au peuple qui se vit ici en mode survie ? Gaucel vient de Gaucelm, le troubadour d’Uzerche, où a été écrite en partie la pièce. Le pitch raconte qu’il s’est fait serrer dans une boîte de nuit, en compagnie d’opposants notoires. Il serait rentré aux Comores par la « petite porte », par Mayotte, à l’instar de l’État français lui-même, au début de l’épisode colonial. Gaucel est « blanc », mais rappelle tout aussi bien Alberi, personnage également « blanc » dont se saisit le texte à un moment. « Blanc n’est pas toujours blanc, dit l’auteur ,bien qu’il le soit toujours un peu ». La pièce – un polar politique à Moroni – souligne deux cents années d’histoire oubliée ou méconnue entre la France et les Comores. Le bouche à oreille a fait le reste. Les spectateurs sont venus de tous les milieux, comoriens comme non-comoriens, collégiens comme universitaires, férus de géopolitique ou non. Comme l’explique un spectateur : « Tout le monde parle des Comores et de la France, de la complexité de cette relation, mais la pièce fait énormément de place à la déshumanisation d’un peuple, qui se vit au travers du blanc et du dominant. On y questionne l’humanité qui est en nous. Et en cela, je trouve qu’elle est universelle ».


Gaucel le blane et Nkaro son compagnon de galère.
Le commentaire le plus édifiant est venu d’un adolescent de 16 ans, venu voir la pièce avec sa mère, également critique : « La pièce intrigue et questionne. Le personnage de Nkaro semble être fou. Mais quand on y pense il dit des vérités qui marquent l’esprit et font réfléchir. Puis on ne sait pas tout à fait s’il débloque complétement, s’il a une double personnalité, si le frère dont il raconte les tortures a vraiment existé ou si c’est une construction mentale qui lui sert à insuffler une conscience aux autres. Il enseigne les bribes d’un passé et des concepts que l’Histoire des Comores a porté. Il détient un savoir et critique une France qui contrôle tout aux Comores et réécrit son Histoire. Gaucel, le personnage principal pose question aussi. Est-il un espion ou pas ? Le fait qu’il soit blanc l’accuse. Plane le doute quant à son implication dans la tentative de coup d’état qui a eu lieu. Il est le bouc émissaire idéal d’une histoire qui le dépasse. Son évolution est marquante. Il devient plus énervé contre ses géoliers et plus conscient grâce à Nkaro. Quant à Disco, elle exige la libération de son « blanc ». Il est pour elle son passeport pour quitter un pays qu’elle n’aime pas. Elle trouve les Comoriens toxiques, néfastes et hypocrites. Elle ne leur pardonne pas de lui avoir caché la mort de son père et d’avoir voler ses terres. Un personnage à la fois drôle par sa répartie et tragique par son vécu. Tous les personnages sont interprétés avec force et conviction. Mention spéciale pour celui qui joue un commissaire vendu, calculateur et obnubilé par ses seuls intérêts. La justesse de son jeu rend bien compte de l’image que je me fais du corrompu sans foi ni loi. Tous sont impressionnants par leur crédibilité et bien meilleurs que certains acteurs de films et séries. Je ne m’attendais pas à voir un public aussi divers et une si grande audience. Cela montre que c’est une œuvre qui parle à tous les publics. »
Prochaine sortie, Fort de France où la pièce va se jouer du les 5 et 6 mars dans le cadre du festival Ceiba au Tropiques Atrium, scène nationale, également co productrice.