Apparition depuis ce lundi 16 mars du comédien Soeuf Elbadawi dans la distribution de Un prophète, la série librement adaptée du film de Jacques Audiard par l’italien Enrico Maria Artale sur Canal+. L’histoire d’un ado mahorais, interprété par le jeune Mamadou Sidibe, qui fait la mule et se retrouve à la prison des Baumettes à Marseille. La série est portée par une fabuleuse galerie de personnages, dont les acteurs Samy Bouajila et Moussa Maaskri. Soeuf Elbadawi y joue le rôle de l’imam Assoumani, tout en finesse et sérénité. Comorien, l’imam Assoumani incarne le nouveau regard porté sur l’islam par le paysage audiovisuel français, en une époque où les médias et les politiques hexagonaux aiment bien s’affoler sur la menace que représente l’islam en France et en Europe.


Soeuf Elbadawi, lors du tournage de la série Un prophète à Bari.
Assoumani se réclame en bon comorien de l’islam confrérique. Rien à voir avec une caricature habituelle de fous de Dieu. Un pur bonheur a-t-on envie de dire ! Soeuf Elbadawi a tourné cette série à Bari et à Marseille, peu de temps après avoir incarné le personnage de Ali dans le court-métrage de la franco-comorienne Hachimiya Ahamada, sur les tragiques événements de 1976 à Madagascar. Ses premiers pas au cinéma. Le film a été tourné à Majunga, où se sont déroulés les massacres de ce qu’on a appelé depuis « Kafa la mJangaa ». Trois mille morts en trois jours qu’on a cherché à faire passer pour une histoire de conflit tribal, alors qu’il s’agissait en réalité d’une diaspora précarisée contre laquelle se dressait une communauté paupérisée, celle des Betsirebaka. Longtemps, les Comoriens ont été considéré comme les fils (zanaka) de la terre sur la Grande île, œuvrant à qui mieux mieux sur les boutres sillonnant l’océan indien, gardant jalousement leurs traditions, notamment musulmanes, tout en se mélangeant aux racines malgaches. Majunga fut l’une des rades qui ont accueilli les descendants entre autres des rescapés de l’époque des razzias, des Comoriens qui étaient installés là pour la plupart depuis plus de trois, quatre, cinq générations.

Tournage à Majunga, Soeuf Elbadawi dans le rôle principal, un père de famille du nom de Ali. Derrière la caméra, la réalisatrice franco comorienne Hachimiya Ahamada.
Cet épisode, qui a généré un exil forcé pour des milliers de malgaches d’origine comorienne, obligés de renouer avec un vieil ancrage archipélique depuis longtemps perdu, est aussi assimilé à la mémoire des sabena, suite à la mise en place d’un couloir humanitaire par le régime soilihiste, empruntant les avions de la compagnie Air Sabena de Belgique pour ramener les rescapés sur la terre de leurs ancêtres. Ces événements, situés en décembre 1976, représentèrent trois des plaies ouvertes du régime révolutionnaire ces années-là _ les autres étant l’éruption de Singani et le choléra ramené de la Mecque à Moroni entre 1976 et 1977. Le film de Hachimiya Ahamada,, un court-métrage, est en train de faire son buzz dans les festivals. La partie indépendante des Comores reste cependant l’un des rares pays où le film n’a pas été vu. Sur une décision de l’État comorien, les organisateurs du FACC (Festival des arts Contemporains) s’étaient trouvés dans l’obligation de le déprogrammer, lors de l’édition 2024, en pleine crise malgacho comorienne. La série, elle, est diffusée sur Canal+ Afrique, donc accessible pour les téléspectateurs de l’archipel, qui seront ravis d’y voir émerger de nouvelles figures comoriennes en images. Certains, dont Daniel Saïd, sont issus des quartiers de la ville de Marseille…