De la fac à l’Alliance

Trois années de recherche sur le geste théâtral à l’Université des Comores ont été à l’origine de la compagnie O Mcezo* sur le plateau de l’Alliance française de Moroni en 2008. Avec un premier spectacle – La fanfare des fous – qui traitait de la dépossession, sous la direction de Soeuf Elbadawi, auteur, comédien et metteur en scène. Il y était question de legs et de politique. Un théâtre, se réclamant ouvertement du msomo wa nyumeni[1], qui reçut le soutien de la fondation du Prince Claus en 2009.

Des ateliers de l’université des Comores à la scène de l’Alliance de Moroni. En noir et blanc : Soeuf Elbadawi.

Ancien journaliste[2] passé à la scène, Soeuf Elbadawi se refuse dès le départ à l’idée d’un théâtre du divertissement, dont le seul intérêt serait d’endormir les masses : « Nous aspirons à la fabrique d’un théâtre citoyen, échappant au mimétisme d’un art arraché au hasard de nos rencontres avec le monde extérieur. Ce pays a une tradition de spectacle vivant, fondé sur une nécessité sociale, mais ne pratique le théâtre – tel que nous le connaissons – que depuis moins d’un siècle. Nos prédécesseurs n’ont pas eu le temps de réfléchir à des formes qui les nourrissent ou alors de façon très étroite. Les filiations, les envies, les attentes, sont autant de questionnements qui nous exigent de réinterroger le legs, afin de trouver en nous les éléments d’une mythologie du plateau, tenant compte du peuple à venir ».


[1] Litt. « culture nouvelle ».Mouvement issu de la révolte des lycéens en janvier 1968 à Moroni et des luttes pour l’indépendance de l’archipel des Comores, au sein duquel on a vu apparaît des formes de théâtre citoyen durant les années 1970.

[2] Al-Watwan, Radio Comores, RFI, Africultures…