En quête de récit

Sur scène, Mwezi WaQ. a vu le jour grâce à la confiance conjuguée de Buda Musique, du festival des Francophonies en Limousin, de Deux-Pièces Cuisine au Blanc-Mesnil, de la Fondation La Borie à Limoges. Sans ces quatre partenaires, auxquels il faut associer l’éditeur de musiques (RFI Talent), rien ne se serait fait. Car une chose est de rassembler des envies. Une autre, de les réaliser. Entre les deux, on bidouille, on tape aux portes, on cherche à convaincre, sinon on se risquerait à bouffer de la semelle, sans qu’aucune aide institutionnelle n’autorise le bouclage d’un projet de ce genre. Dans le cas d’espèce, c’est la Spedidam qui emboîta le pas au « promoteur » BillKiss* _ membre à part entière de la dynamique du shungu21.

Réunis, ces éléments ont permis d’organiser un véritable festin autour de la musique comorienne. Ainsi est née en tous cas la seconde étape d’un projet initialement pensé pour rebooster un paysage où les aventures scéniques à vocation internationale semblent toujours difficiles à mettre en place. A Moroni, tout le monde crie à l’absence de moyens pour la culture. Ceux qui réussissent à se forger une histoire singulière, échappant à la pop ambiante, sont très vite appelés à partir. A quitter le nid et à se réinventer ailleurs, pendant que le clientélisme politique entretient le désarroi de ceux qui restent à quai.

La pochette de l’album Chants de lune et d’espérance. La présentation de l’album Chants de lune et d’espérance au Muzdalifa House, où est né le projet originel. Le coup de coeur de l’Académie Charles à Marseille aux Docks du Sud à Marseille. Mwezi WaQ. sur la scène avec Achimo. Image en Une : l’équipe qui a créé le premier live des Chants de lune et d’espérance. Fouad Ahamada Tadjiri, Ousmane Danedjo, Soeuf Elbadawi, Laher Ali Amane et Isabelle Picard (créa lumière).

Lorsque Soeuf Elbadawi propose à des artistes d’enregistrer ensemble un album ré-interrogeant le legs, il ne pensait pas qu’il lui faudrait tôt ou tard défendre ce répertoire à l’étranger. Réussir un album était déjà un challenge en soi, auquel  les artistes invités à prendre part au projet ne souscrivaient d’ailleurs qu’à moyen terme. Longtemps perçu comme le carrefour des musiques de l’archipel, la capitale comorienne n’offre que très peu de possibilités aux rêves de production et de diffusion des uns et des autres. Tenter d’emporter la sympathie des artistes, en leur promettant un léger mieux dans la situation dans laquelle ils rament, aujourd’hui, pour exister, est toujours synonyme d’accrocs.

Plus personne n’y croit. Les esprits y sont épuisés par les pièges de l’entertainment, mais l’album, soutenu par Gilles Fruchaux (Buda) et par Stephane Poulin (RFI), a quand même vu le jour, malgré les appréhensions et les blocages de dernière minute. Remplaçant deux interprètes au pied levé, Soeuf Elbadawi s’est ensuite retrouvé interprète à la tête du projet, alors qu’il ne devait y jouer qu’un rôle d’accompagnateur à la production, et éventuellement d’auteur. Salué par l’Académie Charles Cros en 2013, l’album Chants de lune et d’espérance[1] est par contre vite devenu une vraie promesse de lendemains.

Après moult tergiversations, se monte un groupe entre Paris et Limoges avec la volonté ferme de cheminer dans les verts pâturages des musiques du monde. Dans le noyau dur se trouvent Soeuf Elbadawi au chant et Fouad Ahamada Tadjiri à la guitare. Porté par BillKiss*, Mwezi WaQ. s’affiche en formation à quatre, comme pour reprendre l’image célèbre des quatre îles de l’archipel. Au sein du groupe apparaissent des figures comoriennes comme Laher ou Achimo et des artistes rencontrés au hasard des mondes comme le français Ousman Danedjo ou le guyanais Fabrice Thompson.

La dernière version des Chants de lune et d’espérance au festival de Brnö en république tchèque en 2017. Avec Fouad Ahamada Tadjiri et Rija Randrianivosoa aux guitares, Soeuf Elbadawi au chant et Fabrice Thompson à la percussion. Dans une créa lumière de Mathieu Bassahon.

Vieux complice de Soeuf Elbadawi, avec qui il a déjà œuvré aux côtés de Zaïnaba (la voix d’or des Comores) et avec qui il a aussi joué au théâtre (Moroni Blues Une rêverie à quatre) dans une mise en scène de Robin Frédéric à la Réunion, Fabrice Thompson est un amoureux des musiques indianocéanes. A la guitare, un autre camarade viendra les rejoindre beaucoup plus tard. Rija Randrianivosoa, avec qui Mwezi WaQ. ira jouer une dernière partition des chants de lune et d’espérance à Brnö en république tchèque (2017).

Aujourd’hui en pleine recherche pour la réalisation d’un nouvel opus, prévu en 2021 pour raison de Covid-19, Mwezi WaQ. se cherche un nouvel ancrage à Paris. De quatre, la formation est passée à cinq interprètes (chant, chœurs, guitare, violoncelle et percussions) sur le plateau. Pour un projet qui renoue avec la ferveur politique du folk comorien (1970-1980). Le rêve se précise avec de nouvelles attentes, et avec le blues des sourds comme devise. Comme pour re-signifier les mêmes récits que beaucoup évitent d’écouter par peur du questionnement…


[1] Mwezi WaQ. Chants de lune et d’espérance (Buda / Universal), album toujours disponible, sur toutes les plates-formes. Dans les bacs : digipack 13 titres + livret 28 pages.